Changer de notaire : combien ça coûte vraiment ?
Votre dossier de succession n’avance plus et vous envisagez de changer de notaire ? Avant de vous lancer, une question revient toujours : est-ce que cette démarche va vous coûter quelque chose ? Si la démarche est gratuite, il peut y avoir des frais en sus qu’il est important de connaître avant de la lancer.

Changer de notaire ne coûte rien, mais il y a un mais
Le choix de votre notaire est un droit absolu en France, et personne ne peut vous l’imposer. Vous pouvez décider de confier votre dossier à un autre professionnel à tout moment, sans avoir à vous justifier, et sans qu’aucune pénalité ne vous soit réclamée pour ce simple fait de partir.
C’est le principe à retenir avant tout : la démarche de changement en elle-même est entièrement gratuite.
Quitter une étude notariale n’entraîne aucun frais de sortie, ni frais de transfert de dossier. Vous n’avez pas non plus à régler de pénalité pour rupture de relation, contrairement à ce que certaines personnes craignent.
En revanche, et c’est là que les choses se compliquent un peu, le travail que le premier notaire a déjà effectué sur votre dossier reste dû. Ce n’est pas le changement qui coûte, mais ce qui a été fait avant le changement.
La facture de votre ancien notaire : ce qu’il vous fait payer
Si votre notaire a déjà travaillé sur votre dossier avant que vous décidiez de partir, il peut vous présenter une facture. Cette facture se décompose en trois éléments bien distincts, et il est utile de les connaître pour comprendre ce que vous devez réellement.
Les émoluments correspondent à la rémunération réglementée du notaire, fixée par décret. Le point important, c’est qu’ils ne sont dus que pour des actes définitifs et signés. Si votre notaire a rédigé un acte de notoriété et que vous l’avez signé, il sera facturé en totalité, à hauteur de 67,92 € TTC selon les tarifs en vigueur. En revanche, si un acte n’est resté qu’à l’état de projet, sans signature, le droit du notaire à percevoir des émoluments dessus est juridiquement fragile. Certains notaires tentent malgré tout de les réclamer, ce qui peut donner lieu à des litiges.
Les débours, eux, correspondent aux frais que le notaire a avancés pour votre compte auprès d’administrations (demandes d’actes d’état civil, états hypothécaires, et autres documents nécessaires au dossier). Ces sommes vous seront systématiquement réclamées, car il s’agit d’un remboursement de frais réels engagés en votre nom.
Enfin, les honoraires de conseil sont libres, mais ne peuvent être facturés que si une lettre de mission ou une convention d’honoraires a été signée au préalable entre vous et le notaire. Sans cet accord écrit, le notaire ne peut pas vous opposer ces honoraires.
Un exemple concret illustre bien les tensions possibles sur ce sujet : dans un litige documenté, un notaire a réclamé environ 750 € correspondant aux frais engagés et à la moitié des émoluments prévus sur des actes non encore signés. Or, comme expliqué plus haut, le droit à percevoir des émoluments sur des actes non régularisés est précisément ce qui est juridiquement contestable. Si vous vous retrouvez face à une facture de ce type, demandez le détail précis de la tarification et n’hésitez pas à la contester si elle porte sur des actes que vous n’avez jamais signés.
Changer de notaire au moment d’une vente ou d’une succession
La situation change selon le contexte dans lequel intervient votre changement de notaire, et il est important de distinguer la succession de la vente immobilière.
Dans le cadre d’une succession, le coût total pour les héritiers reste identique, que vous changiez de notaire ou non. La loi prévoit que les émoluments sont répartis entre les deux offices successifs, au prorata du travail réellement accompli par chacun. Si le premier notaire a rédigé l’acte de notoriété, il percevra la part correspondante à cet acte, et le second notaire percevra la suite, par exemple pour l’acte de partage ou la déclaration de succession. Concrètement, vous ne payez pas deux fois le même travail, l’enveloppe globale reste la même.
Pour une vente immobilière, la logique est similaire mais avec une nuance importante. Si vous changez de notaire en cours de procédure, le premier notaire conserve un droit de rétention sur le dossier jusqu’au règlement de sa facture pour le travail légitimement accompli.
Cela peut ralentir votre transaction, surtout si un désaccord existe sur le montant réclamé. Dans ce cas précis, une autre option existe, et elle évite souvent bien des complications.
Comment avoir 2 notaires pour acheter ou vendre un bien sans surcoût ?
Pour une vente immobilière, il n’est souvent pas nécessaire de changer de notaire si vous n’êtes pas satisfait de celui choisi par l’autre partie. Vous pouvez simplement ajouter votre propre notaire au dossier, en plus de celui déjà désigné.
Les deux professionnels se partagent alors les émoluments réglementés, ce qui signifie que cette solution est totalement transparente pour votre budget. Vous ne payez pas plus cher qu’avec un seul notaire, puisque les deux offices se répartissent la même rémunération légale calculée sur la transaction.
Cette option présente un double avantage. D’une part, vous évitez les complications du droit de rétention et du transfert de dossier, puisque le premier notaire continue son travail normalement. D’autre part, vous bénéficiez d’un conseil personnalisé tout au long de la transaction, ce qui peut s’avérer précieux si vous avez des questions ou des inquiétudes sur les clauses de l’acte. Pour une succession en revanche, cette solution du double notaire n’a pas le même sens, et le changement classique reste la voie à privilégier en cas de désaccord persistant.
Anticiper votre changement de notaire : c’est limiter la facture
Plusieurs réflexes simples permettent de limiter la facture de l’ancien notaire et de fluidifier le transfert vers le nouveau.
Avant de notifier votre décision, demandez à votre notaire actuel un état d’avancement écrit du dossier, précisant les diligences déjà accomplies. Ce document vous permettra d’anticiper le montant de la facture et de vérifier qu’elle correspond bien au travail réellement effectué. Vous pouvez également demander un devis au nouveau notaire pour estimer le coût des opérations restantes, en tenant compte de ce qui a déjà été fait par son confrère.
La notification de votre décision doit toujours se faire par lettre recommandée avec accusé de réception. Cette formalité constitue une preuve datée de l’arrêt des prestations du premier notaire, et permet de bloquer la facturation de toute diligence ultérieure que vous n’auriez pas souhaitée. Pensez également à conserver une copie de tous les actes déjà signés, ce qui permettra au nouveau notaire de ne pas refacturer des recherches ou des vérifications inutiles.
Ces informations restent générales et chaque situation patrimoniale présente ses propres particularités. Pour une démarche adaptée à votre dossier, rapprochez-vous d’un conseiller en gestion de patrimoine ou échangez directement avec la chambre des notaires de votre région.
Vos questions sur le changement de notaire
Voici les réponses aux interrogations les plus fréquentes sur ce sujet.
Le notaire peut-il me facturer un acte qu’il n’a pas encore signé
En principe non. Les émoluments ne sont dus que pour des actes définitifs et signés. Si votre notaire vous réclame une rémunération sur un projet d’acte non régularisé, le fondement juridique de cette demande est fragile, sauf si vous aviez signé une convention d’honoraires préalable couvrant ce travail de préparation.
Tous les héritiers doivent-ils être d’accord pour changer de notaire en cours de succession
En principe oui, l’unanimité des héritiers est requise pour confier le dossier à un nouveau notaire. Si seuls certains héritiers souhaitent changer, ils peuvent désigner un notaire qui interviendra uniquement comme conseil auprès d’eux, mais ils en supporteront seuls les honoraires.
Le droit de rétention bloque-t-il aussi mes documents personnels
Non. Le notaire peut conserver le dossier qu’il a constitué tant que sa facture n’est pas réglée, mais il ne peut pas retenir vos documents personnels originaux, comme les titres de propriété ou les actes d’état civil que vous lui aviez confiés.